Le juge antiterroriste français Marc Trévidic doit arriver demain à Alger avec sa consœur Natalie Poux. Les deux juges ont réussi à obtenir l’accord des autorités algériennes pour assister à l’exhumation et à l’autopsie d’une partie des corps des sept moines enlevés en 1996 au monastère de Tibhirine. Retour sur les enjeux de cette visite.  

Reportée à deux reprises cette année, la visite de Marc Trévidic, doit avoir lieu demain dimanche et se prolonger sur une semaine. Après trois ans d’attente, le juge antiterroriste français en charge de l’investigation sur l’assassinat de sept moines enlevés en 1996 à Tibhirine avait enfin obtenu le feu vert en septembre des autorités algériennes.

Alors qu’il avait à plusieurs reprises exprimé son impatience face aux différents blocages rencontrés, Marc Trévidic se montre aujourd’hui plus optimiste sur la coopération avec les autorités algériennes.

« C’est un moment unique de montrer que la France et l’Algérie peuvent coopérer judiciairement sur un dossier sensible. Je suis sûr que ça va bien se passer » a-t-il déclaré sur France Info jeudi dernier.

Que peut-on réellement attendre de cette visite du juge français?

Les zones d’ombre de la version officielle

Les moines de Tibhirine ont été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996. Près de deux mois plus tard, le GIA annonce leur exécution. Sept têtes décapitées sont retrouvées quelques jours plus tard sur une route de montagne.

Selon la version officielle d’Alger, le seul coupable dans cette affaire est le Groupe Islamique Armé (GIA) dont le chef Djamel Zitouni aurait voulu renforcé l’autorité sur la région en visant les moines de Tibhirine, symbole de résistance à la terreur imposée par les groupes islamistes pendant ces années noires. Mais cette version comporte des failles : l’annonce du GIA parlait seulement d’égorgement, alors que seules les têtes décapitées ont été retrouvées. On ignore encore actuellement si les moines étaient décédés avant la décapitation, et si non quelles sont les véritables causes de leur mort. Mais après avoir suivi la piste du GIA, Marc Trévidic a réorienté son enquête vers une possible bavure de l’armée algérienne depuis le témoignage en 2009 d’un ancien attaché de défense à l’Ambassade de France à Alger.

Une expertise scientifique mais des auditions refusées

Pour éclaircir ces zones d’ombre, le juge français demande depuis 2011 à se rendre sur le territoire algérien pour auditionner une vingtaine de témoins et réaliser des tests ADN sur les restes des corps des sept moines après exhumation.

Après trois ans de blocage, les autorités algériennes ont enfin donné leur aval à des expertises scientifiques en septembre. Marc Trévidic sera donc accompagné lors de sa visite d’une équipe d’experts judiciaires composée notamment de médecins légistes et de spécialistes en imagerie médicale de pointe. Le ministre de la Justice Tayeb Louh a cependant rappelé que « la procédure d’expertise et d’autopsie sera assurée par des experts algériens ». Mais sur France Info jeudi, Marc Trévidic s’est dit confiant sur sa marge de manœuvre malgré les déclarations des autorités algériennes. « Les spécialistes des deux pays travailleront ensemble, le juge algérien chapeautera et je serai présent ».

Sur le volet des auditions par contre, le juge d’instruction a encore reçu un veto des autorités algériennes quant à sa demande d’interroger 22 témoins en rapport avec l’affaire, dont de hauts responsables et des terroristes repentis. Ces témoins seront interrogés par un magistrat algérien qui transmettra les procès verbaux à son homologue français. Mais comme le révèle Jeune Afrique qui tient cette information d’une source proche du dossier, Marc Trévidic n’avait toujours pas reçu ces procès verbaux mi-septembre. La visite de la semaine prochaine résoudra peut-être cette question épineuse.

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