Par Kamel DAOUD

C’est semaine, c’est l’indépendance. La question est : comment la fêter ? Avec quel argent ? Qui inviter ? Pourquoi ? C’est quoi l’Indépendance ? La roue est lancée déjà depuis des semaines. D’abord pour la question du « Qui ? ». Les festivités, leurs programmes, ont été tellement tenu au secret du gouvernement et de ses ministres que cela a fini par créer un effet d’exclusion : les algériens ne se sentent pas invités, concernés ou associés ou considérés. Le cinquantenaire de l’Indépendance est l’anniversaire des plus de soixante dix ans pas la date de naissance des moins de trente ans ! Mauvaises impression pour un peuple qui déjà peine à croire au lien qui unit le prénom à la terre. On se sent tous invités de trop, dans ce pays et encore plus pour fêter l’indépendance. Selon la tradition, il y a les organisateur (Régime, ministre, Armée, décolonisateurs, vétérans, actionnaires…etc.) et les applaudisseurs (nous, moi, vous, ils…etc). Pire encore, on ne sait même pas qui sera invité des « étrangers », Présidents, ministres, personnalités. C’est entre Eux (les décolonisateurs en chef). Depuis le maquis et jusqu’à hier. De 62 à la fête avec Elissa El Khoury.

Comment fêter la fête ? Là aussi on peine. Il y a l’Organisation des Moujahiddines qui a son programme. Le ministère de la culture qui a le sien. Le comité présidé par le premier ministre. Puis les wilayas et cela s’arrête à cette dernière cellule de la chaine alimentaire. Là aussi le « grand peuple » est un petit dernier. Rien pour les villages, douars, hameaux. La fête reste étatique, folklorique, subventionné et néostalinienne. On est loin de ces moments perdus où les vieux accrochaient le drapeau du pays au seuil des maisons, spontanément il y a à peine vingt ans. Le Pouvoir a réussit à privatiser le festive par l’officiel. L’enthousiasme populaire n’existe plus, il n’en reste que le populisme d’élite. Vu par certains algériens, le cinquantenaire est une fête de propriétaires dirigeants, pas d’un peuple qui retrouve un pays qu’il n’a jamais presque eut.

Avec quel argent ? Là, le populisme (doctrine locale) a fait des ravages. En l’absence d’une élite créatrice, libre, culturellement productrice, indépendante, c’est le Pouvoir qui se paye les artistes, docs, livres ou conférences. Et le Pouvoir a souvent beaucoup d’argent et un très mauvais gout à cause de sa jeunesse socialiste et de son esthétique qui aime la propagande et la culture « authentique » et le puritanisme conservateur. En face, les algériens, des algériens, enfants de l’égalitarisme de mauvaise herbe, du populisme du « nous sommes tous des héros » et de la distribution du bien-vacant, crient au scandale : pourquoi inviter Elissa El Khoury à Annaba pour un milliard de centimes ! Fausse entrée cependant : le sujet du cachet des superstars est récurrent dans le pays, étrangement. Il ne se pose pas au Maroc, en Tunisie ou ailleurs dans les pays pauvres où l’on trouve normal de payer une star et de bien payer. Ici, non. On se plaint à la fois du désert culturel et de loisirs inexistants mais on veut que les artistes soient des salariés des Chemins de fer. L’Algérie est un pays où la culture n’est pas encore un marché et une économie et un show-biz. Du coup, payer un artiste par cachet est invraisemblable puisque « naturellement » il est un fonctionnaire, pas une exception. Le populisme a tué l’art, le chant, la concurrence, le faste et la fête et même les esprits. Certes la question est vieille sur le choix d’un paysan russe entre une paire de botte ou un livret de  Shakespeare en plein hiver, mais c’est de Shakespeare que l’on se souvient et c’est par lui que l’on meure la grandeur de l’Angleterre, pas avec les bottes.

En dernier, la grande et immense question : c’est quoi l’indépendance ? La discrétion du Pouvoir sur les programmes de fête est facilement explicable par le dictionnaire des instincts : il sait que cinquante ans d’indépendance sont plus une occasion pour un procès dur du régime plus qu’une occasion pour anniversaire collectif. Cela a commencé déjà depuis une année : entre printemps « arabe » et dérive de gouvernance, le 05 juillet rappelle ce qui n’a pas été réussi pas ce qui a été réussit. La dilapidation des chances pas la chance d’être indépendant. 50 ans contre 500 milliards de dollars dépensés par le gouvernement actuelle en un mandat présidentiel. La conclusion de l’échec fait l’unanimité, un peu sévère mais souvent juste. A quoi sert de fêter l’indépendance entre chinois, turcs, français, friperies, importations massives et viandes d’Inde ? Les algériens sont certes sévères avec eux-mêmes mais leur désenchantement a été grand.

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