La chute de l’empire ottoman qui s’est caractérisée par une situation de décadence du monde arabo-musulman, a permis à des puissances européennes de réaliser leurs sombres desseins de conquêtes coloniales.

L’Europe s’est engagée dans le combat avec tous les moyens dont elle disposait ; elle s’est attaquée à la religion, à la politique, à l’enseignement, à la langue arabe, à l’économie, à la culture et à d’autres domaines encore y compris l’art et l’histoire.

Elle a tenté de falsifier l’histoire en occultant la grandeur de l’Islam et de sa civilisation, en niant sa contribution et son apport à la civilisation occidentale.

Elle inventa des théories visant à anéantir les valeurs et les idéaux de la nation musulmane.

Elle a imposé l’enseignement de ses langues au détriment de la langue arabe et des langues autochtones. Elle s’est attaquée aux mœurs en imposant et en légalisant des pratiques nuisibles et immorales.

Cependant, ces invasions culturelles n’ont pas affecté l’immunité de la communauté musulmane, laquelle a vivement réagi grâce à son propre système d’autodéfense. D’où la naissance de mouvements de réforme et de résistance ayant eu pour tâches de contrecarrer les attaques coloniales, de sauvegarder la religion et d’œuvrer pour le changement nécessaire. Parmi ces mouvements, les plus importants furent initiés par Mohammed ibn Abdul Wahab, Djemeleddine Al-Afghani, Rachid Rida, Mohammed Abdou et bien d’autres.

Bien que l’histoire de l’Islam regorge d’expériences dans ce domaine, on s’en tiendra aux derniers mouvements de réforme.

Dès la fin du 18e siècle, la réforme (islah) fut l’objet d’un vaste débat qui a dominé l’actualité de l’époque. De nombreux penseurs et savants prirent la tête de ce puissant mouvement. Parmi les plus célèbres, on peut citer l’Arabe (d’Arabie) Mohammed ibn Abdel-Wahab (mort en 1792), l’iranien Djamal Eddine Al Afghani (mort en 1897), l’égyptien Mohamed Abdou (mort en 1905), le syrien Rachid Rida (mort en 1935), l’algérien Ibn Badis (mort en 1940) et l’indien Mohammad Iqbal (mort en 1940).

Djamel Eddine Al Afghani a pour sa part joué un rôle considérable dans la formation d’un courant tendant à la libération et à la réforme de la pensée religieuse. Il appela à la lutte pour la liberté et la résistance contre la dictature, à la purification de la foi ; Al-Afghani a contribué activement au développement de la pensée politique ainsi qu’à l’éveil de l’élite musulmane. Il a choisi l’Egypte comme base pour lancer son appel à la libération de la pensée des « carcans de l’immobilisme », à la liberté de la presse.

Il suggérait la révolution politique comme moyen d’action le plus sûr et le plus rapide. Il a autorisé la destitution et même l’exécution des oligarchies qui soutiennent l’influence des puissances européennes. Il préconisa la constitution comme moyen permettant de limiter le pouvoir despotique. Il se dressa avec acharnement contre le colonialisme britannique.

L’histoire des Frères musulmans est une succession d’épisodes dramatiques depuis le début jusqu’à nos jours. L’itinéraire du mouvement est jalonné de répression et de tragédies continues, traduisant une volonté délibérée de l’anéantir à plusieurs reprises. Le mouvement conserve malgré tout une grande audience populaire ce qui constitue une assise très forte.

Le mouvement préconise l’islam comme solution aux problèmes du monde musulman. Le fondateur de ce mouvement est cheikh Hassan al-Banna né en 1906 en Egypte dans une famille pieuse. Il était instituteur lorsqu’il commença ses prêches dans les cafés et les places publiques en 1927. Le premier noyau du mouvement vit le jour en avril 1928. Le mouvement était une réponse naturelle aux défis de l’occidentalisation auxquels était confronté le monde musulman depuis sa colonisation.

L’idéologie des Frères musulmans s’est construite progressivement à partir des discours et des sermons de son fondateur.

Dès sa naissance, le mouvement a proclamé son caractère universel en se défendant d’être un parti politique. Par ailleurs, la doctrine du mouvement n’a pas tardé à se propager à travers le monde.

Hassan al-Banna précise qu’il s’agit d’une da’wa salafie, une voie sunnite, une réalité soufie, une structure politique, une équipe sportive, une ligue scientifique et culturelle, une société économique, une idée sociale.

Le mouvement des Frères musulmans est loin d’être un mouvement figé. Il évolue en fonction des circonstances de lieu et de temps.

Quand on se réfère aux principes de base, mentionnés tant dans la charte du mouvement que dans les lettres de son fondateur, on constate que les Frères musulmans constituent un mouvement de réforme ayant pour but de réaliser la société et l’Etat islamiques par l’appel, la sensibilisation et l’éducation de manière pacifique et progressive.

Cela signifie que la méthode révolutionnaire n’est pas dans leur programme. Or, les faits prouvent que le mouvement disposait d’une aile paramilitaire baptisée organisation secrète ou “appareil secret” créé en 1945 et qui fut impliqué dans différentes tentatives de prise de pouvoir, notamment au Yemen, en Egypte, en Syrie, au Soudan. Il en est de même de l’idée de parti et de multipartisme.

Il faut signaler que l’une des caractéristiques du mouvement était le refus de se constituer en parti politique. Al-Banna a décrié les partis égyptiens les qualifiant de “grand péché” de la nation et de source de désordre social.

Mais en réalité, les Frères musulmans ont créé des partis politiques dans plusieurs pays notamment en Algérie, en Turquie, en Jordanie, en Tunisie. S’ils n’ont pas de partis dans certains pays, c’est parce que ces pays ont rejeté leurs demandes, jugées contraires au principe de la laïcité.

Cette évolution de la pensée des Frères musulmans est imputable à divers facteurs : Pour ce qui est du multipartisme, il s’agit d’une question d’Ijtihad.

A la suite de nombreuses critiques à l’encontre de “l’islam politique” considéré comme un allié des régimes totalitaires en raison de son rejet du multipartisme, les Frères musulmans ont fait un effort de réflexion sur ce thème avant de conclure en 1994 à la légalité du multipartisme.

Il n’empêche cependant que c’est leur propre opinion et que l’idée du multipartisme demeure proscrite par d’autres écoles de pensée.

Quant à la question des moyens du changement, l’évolution vers la voie révolutionnaire est due d’une part à l’expérience de la révolution iranienne qui a influencé bon nombre de leaders musulmans et d’autre part à la théorie de Sayed Qotb.

Ce dernier a écrit un manifeste, “Jalons sur la route”, qui a bouleversé les anciennes conceptions du mouvement et créé en son sein une tendance révolutionnaire. Sayed Qotb affirme que le combat par la prédication n’est plus efficace.

Il prône le Jihad par les armes contre des tyrans qui ont usurpé le pouvoir d’Allah. Il développe une large théorie du pouvoir. Le pouvoir n’appartient qu’à Allah, selon sa vision.

Ce pouvoir a été usurpé par des tyrans. Or, il convient de leur arracher cette chose qui ne leur appartient pas et la restituer à son titulaire légitime, à savoir Allah.

Sayed Qoth qualifie de Jahilyya (sociétés païennes, époque de l’ignorance) les sociétés et systèmes qui n’appliquent pas le Coran et la Sunna..

D ’après lui, il n’est pas question de convertir les gens à l’islam, mais plutôt d’imposer la loi islamique et le pouvoir islamique à tous les pays du monde, comme seul moyen de faire régner la justice.

R.Mahi.